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On dit souvent que les choix de prénoms des parents pour leurs enfants sont influencés par les séries télévisées. Vrai ? Pas vrai ? Tentons l’analyse…
Les séries TV françaises
Qu’en est-il déjà des séries françaises ? Surtout des premières : Thierry la Fronde, Nicolas et Pimprenelle, Angélique marquise des Anges ou Belle et Sébastien. Regardées par la France entière, diffusées à des périodes où le nombre de chaînes était limité, elles auraient pu avoir une influence considérable…
En fait, le bilan est contrasté.
Thierry, par exemple, est un prénom qui apparaît au moment de la Seconde Guerre mondiale et qui devient vite à la mode. Au moment où la série Thierry la Fronde est lancée sur les écrans en 1963, Thierry est déjà attribué à 19 000 bébés par an. Un pic en 1964 (+ de 25 000) puis sa cote redescend rapidement. Tout se passe comme si l’influence avait joué en sens inverse : c’est le réalisateur de la série qui s’est inspiré d’un prénom à la mode ; et c’est peut-être la trop grande diffusion des épisodes qui a ralenti l’engouement des parents pour le prénom.
Même chose pour Nicolas. Le prénom a toujours existé, mais décolle au tout début des années 1960. En 1962, lorsque Bonne nuit les petits commence sur les écrans, avec les marionnettes Nicolas et Pimprenelle, Nicolas est déjà donné à 1 500 bébés. Le succès du prénom ira croissant, jusqu’à être attribué à près de 22 000 petits garçons en 1980. Là encore, la télévision semble s’être mise à l’écoute des prénoms à la mode plutôt que les avoir inspirés.
En revanche, la série Belle et Sébastien semble bien avoir lancé le prénom Sébastien. D’origine ancienne, il était attribué tous les ans, mais modestement (50 à 100 bébés). Sa popularité s’envole d’un seul coup en 1965, lorsque la série est diffusée. En 1969, on est déjà à 4 000 attributions dans l’année. Un succès qui ne cessera de croître jusqu’en 1977 (plus de 19 000 attributions cette année-là).
Angélique marquise des Anges semble aussi avoir joué ce rôle moteur. Ce prénom ancien avait quasiment disparu dans les années 1960. En 1965 arrive la série et le prénom resurgit ! Il connaît un engouement extraordinaire dans les années 1970 et 1980, nommant jusqu’à 5 000 petites filles par an.
Les séries américaines
Autant l’analyse comparée des séries TV françaises et des prénoms laisse perplexe (on ne sait jamais qui, de la poule ou de l’œuf, est arrivé en premier…), autant celle des séries TV américaines est nettement plus claire.
Déjà, cette analyse n’est pas brouillée par des phénomènes de mode locale puisque les prénoms de ces séries sont étrangers à la langue française et à sa culture. Leur apparition ou leur développement peuvent aisément se mettre en regard des périodes de diffusion des séries TV qui les ont fait naître sur nos écrans.
Cette fois, le résultat est saisissant ! Effrayant même !
Sue Ellen et Bobby apparaissent en 1981, année de l’apparition de la série Dallas sur nos écrans.
Phoebe et Joey, déjà présents épisodiquement depuis quelques années, décollent en 1996, date du lancement en France de la série Friends ; Phoebe a ensuite profité d’un regain, avec la série Charmed apparue ici en 1999.
Kelly, Eden, Warren, Mason et Joe, les héros de Santa Barbara, une série lancée en France en 1985, se retrouvent dans les prénoms des bébés de l’année 1986.
La série Le camélon apparaît sur nos écrans en 1996… et les premiers petits Jarod naissent en France en 1997 !
Sydney nommait trois à cinq filles par an depuis 1978. Alias est diffusée à la télévision en 2002… et voilà 100 petites Sydney cette même année !
Bref, ce n’est plus de la corrélation, c’est de la symbiose ! Un phénomène qui se cantonne aux familles les plus populaires.
Et demain ?
Une adolescente s’étonnait la semaine dernière du prénom Balthazar, qui n’était pour elle que celui d’un vampire de la série Buffy. Si l’on souhaite avoir un petit Balthazar, faudra-t-il désormais prénommer ses frères Gaspard et Melchior, pour que les choses soient claires et que le prénom perde toute aura satanique ? Faudra-t-il aussi répéter aux enfants des villes vissés devant leur écran qu’un brandon est une torche de paille plutôt qu’un héros de Beverly Hills ? Qu’Eden est un jardin biblique avant d’être une starlette de Santa Barbara ?… Les séries américaines ne seraient-elles pas en train de grignoter notre culture à travers ses prénoms ?
Texte : Marie-Odile Mergnac
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Les secrets des prénoms
Origine, popularité, personnalité.
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